Biarritz-Bayonne, une fusion à temps partiel
Par David Reyrat, 24-01-2013
Alain Afflelou et Serge Blanco plancheraient sur un projet d’équipe commune représentant le pays Basque sur la scène européenne. Un projet qui semble, réglementairement et sportivement, difficilement réalisable.
C’est une petite bombe qu’a lancée Alain Afflelou, le président de l’Aviron Bayonnais, dans les colonnes de L’Équipe jeudi. «Pourquoi ne pas imaginer une équipe commune en Coupe d’Europe. Serge (Blanco, président de Biarritz) est d’accord. (…) On est convenus de se revoir prochainement à ce sujet.» Les deux rivaux unis sous le même maillot, le sujet, serpent de mer au pays Basque, est sensible. Des joueurs aux supporters, c’est une fierté locale qui est en jeu chaque année lors des deux derbys enflammés. Leur faire admettre qu’il faudra s’unir le temps de quelques rencontres européennes ne sera pas mince. Mais, avant d’y songer, cette fusion à mi-temps devra venir à bout de deux écueils majeurs. Réglementaire et sportif.
L’European Rugby Cup, qui organise les compétitions continentales (H Cup et Challenge européen), laisse le soin à chaque ligue ou fédération nationale de définir le mode de qualification de ses équipes. En France, les six premiers du Top 14 sont qualifiés. Le septième peut également l’être si l’une de ces six équipes a remporté une Coupe d’Europe. C’est donc la Ligue qui doit donner son accord à une qualification commune de Biarritz et Bayonne, réunis au sein d’une entité non alignée en Top 14. Et prévoir un nouveau règlement au cas où les deux clubs basques termineraient dans les six premiers…
Les exemples britanniques
En Irlande, au pays de Galles et en Écosse, ce sont des provinces qui représentent leur pays. Mais ces équipes disputent un championnat annuel (la Ligue celtique) et sont financées par leur Fédération. Elles sont, qui plus est, qualifiées d’office pour les coupes d’Europe. Le système n’est donc pas transposable en France. La Ligue professionnelle, par la voix de son président Paul Goze, nous l'a confirmé. «Ce projet me paraît très compliqué à organiser et pas souhaitable. Il se heurte à la réalité des faits. Une fusion complète ne poserait pas de difficulté mais, vu les arrière-pensées politiques (la Fédération française rêve secrètement d’un championnat de provinces sous sa gouverne, ndlr), une fusion le temps de quelques matchs, c’est clairement inenvisageable.»
C’est clairement inenvisageable
— Paul Goze, président de la LNR
Sportivement, regrouper par intermittences deux équipes n’est pas moins compliqué. Qui choisira, sélectionnera, les joueurs parmi la soixantaine de professionnels des effectifs réunis de Biarritz et Bayonne ? Qui les entraînera ? Quand ? Des séances forcément épisodiques pour présenter, sur la très relevée scène continentale, une formation artificielle, en manque de repères collectifs et de fonds de jeu. Et puis imaginons, hasard du calendrier, que le derby basque dans le Top 14 soit programmé peu avant une rencontre de H Cup. Cela promet un engagement encore plus intense des joueurs désireux de gagner leur place au sein de la franchise européenne.
Un futur rival pour les gros ?
Alors une fusion ? Oui, pourquoi pas. Mais pas à temps partiel. Tout ou rien. Si l’on passe outre les querelles de voisinage, l’entêtement de certains supporters à refuser l’union des frères ennemis de la côte basque, les avantages économiques sautent aux yeux. Un (grand) stade unique (au lieu des 17 000 places de Jean Dauger et des 13 000 d’Aguilera, une exiguïté qui entraîne des délocalisations régulières de l’autre côté de la frontière, à Saint-Sébastien) ; des économies d’échelle en personnel, logistique, organisation ; des sponsors locaux qui se cumulent au lieu de se diviser. Cette saison, Biarritz présente le 8e budget du Top 14 (14,4M€) et Bayonne le 6e (15,75M€). Malgré la déperdition logique (le maillot n’arborera, par exemple, toujours qu’un seul sponsor principal), la franchise basque approcherait les 30M€, soit l’équivalent du Stade Toulousain, premier budget de France. Dans la course à l’armement menée par Toulon, Clermont ou le Racing-Métro, le club basque serait en mesure de rivaliser alors qu’aujourd’hui le BO a perdu de son lustre (dernier titre en 2006) et l’Aviron peine à jouer les premiers rôles.
Alain Afflelou s’est pourtant empressé d’écarter la solution d’une fusion complète. «Unir les deux clubs basques serait une solution artificielle. Ils doivent exister séparément pour que le rugby reste fort sur la côte basque.» Conviction profonde ou précaution oratoire. On peut pencher pour la seconde interprétation. Il s’agit de ne pas effrayer les supporters, les collectivités locales, mais le tabou est en train d’être levé. Jadis farouche opposant, Serge Blanco vient de faire le premier pas. Conscient que le mécénat de Serge Kampf, généreux président de Cap Gemini, ne sera pas éternel, le président du BO sait que son club ne survivra pas longtemps sans manne financière. Celle du pays Basque unifié. Et d’Afflelou, 204e fortune de France (180 M€) selon le classement 2012 du magazine Challenges…





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