Le Tour de farce
Par Florian Egly, 30-12-2007
Flop de l'année, N° 1. Encore une fois souillé par le dopage, le cyclisme a touché le fond lors d’un Tour de France habité par les scandales. Un an après l’affaire Landis, la Grande Boucle a perdu sa crédibilité. Mais reste un événement qui attire et rapporte.
« On se plaint tout le temps que le vélo en prend plein «la gueule», c’est vrai, mais en même temps, on a un gros problème. Il faut peut-être que ça continue. Ca va devenir encore pire mais il faut bien s’améliorer». Lorsqu’il s’était confié à nous en début d’année, le repenti David Millar ne croyait pas si bien dire. A l’heure des bilans, le cyclisme ressort de cette année 2007 le visage tuméfié par une série d’uppercuts tous aussi puissants les uns que les autres. KO. Le coup fatal ? Le Tour de France bien sûr. L’épreuve-phare. L’étendard de ce sport. Mais cette année, il a failli en devenir son linceul.
Sinkewitz, acte I
Tout avait pourtant si bien commencé. Londres. Un écrin magnifique pour un prologue historique. Un succès populaire insoupçonné dans un pays à la tradition cycliste cachée. Et un Maillot Jaune, Fabian Cancellara, vainqueur plein de panache sur les pavés de Compiègne. Même Christophe Moreau était encore dans le coup, avec une 7e place au général à l’issue de la première grande étape de montagne à Tignes. Tout allait bien. Jusqu’au mercredi 18 juillet. Point de départ d’une onde de choc qui se propageait telle une épidémie de gastroentérite. Ce matin là, en direction de Marseille, la Fédération allemande de cyclisme révèle que Patrik Sinkewitz a été contrôlé positif à la testostérone lors d’un test inopiné effectué le 8 juin. La goutte de trop pour les chaînes publiques ARD et ZDF qui mettent leur menace à exécution en décidant de couper le son et l’image. Car cette première semaine de «rêve» avait presque éteint le fort climat de suspicion, déjà, dans lequel le Tour s’était élancé. A l’époque, les soupçons étaient centralisés sur un certain Alexandre Vinokourov et une équipe Astana affublée du surnom des « Men in Black» pour ses tenues d’entraînement sombres, visant à échapper aux contrôleurs de l’UCI. Simplement désamorcée, la bombe était prête à éclater.
Le retour des gendarmes
Il suffisait d’attendre une petite semaine pour voir tomber le Kazakh. Aveuglé par les sommets au mépris de l’éthique. Happé par une gloire qui s’était dérobée lorsqu’il avait chuté quelques jours plus tôt. Au point de ressortir des méthodes vieilles comme le monde (oui, trois ans c’est vieux dans le monde du dopage), parfaitement détectables. Un contrôle positif aux transfusions sanguines homologues (décelables depuis 2004) le soir d’un contre-la-montre trop inhumain pour être vrai à Albi (21 juillet) avant une résurrection à la «Landis» à Loudenvielle-Le Louron (23 juillet) écornait pour de bon l’image d’un homme autrefois sympathique et pris dans l’engrenage infernal du dopage. Et faisait revivre des heures noires lorsque les gendarmes investissaient à Pau l’hôtel d’Astana, bien obligée de faire ses valises. Mais ce n’était pas la seule claque que le Tour de France allait recevoir. La suivante faisait d’autant plus mal qu’elle concernait une équipe française qui venait de s’engager dans le «Mouvement Pour un Cyclisme Crédible». Contrôlé positif à la testostérone, l’Italien Cristian Moreni renvoyait l’équipe Cofidis à la maison à son tour le 25 juillet. Personne n’est à l’abri.
Les sifflets du public
Et que dire alors quand c’est le Maillot Jaune lui-même qui se trouve au cœur du cyclone. Devenu la cible depuis qu’il avait été suspendu par la Fédération danoise le 19 juillet pour avoir menti sur ses lieux d’entraînement, sifflé par le public lorsqu’il s’imposait avec une facilité déconcertante en haut de l’Aubisque, Michael Rasmussen était écarté le soir même, le 25 juillet, par son équipe Rabobank, soudain consciente de ses responsabilités devant le déferlement médiatique. Crédibilité zéro. Si la fin du Tour n’était plus souillée (le contrôle positif d’Iban Mayo à l’EPO était révélé le lendemain de l’arrivée), les doutes accompagnaient inévitablement Alberto Contador, vainqueur controversé sur les Champs-Elysées. Comment pouvait-il en être autrement ? Comment, après cette semaine noire, être sûr de la performance de chacun ? Comment ne pas évoquer le terme «crise» pour qualifier la situation dans laquelle le cyclisme s’était mis ?
Le paradoxe du Tour
Envolée la photo-souvenir réalisée début mai par les différents responsables du cyclisme (McQuaid, Prudhomme, Lefévère), décrétant l’union sacrée contre le dopage. Déterrée la hache de guerre. Consommée la rupture entre ASO et l’UCI, accusée d’avoir volontairement nui au Tour de France pour ne pas avoir interdit le départ de la course à Michael Rasmussen. Forcément, quand on est responsable d’une immense machine à succès, le laxisme est difficile à avaler. La dialectique empruntée par Christian Prudhomme et Patrice Clerc lors de la présentation du Tour 2008 (« touche pas à mon Tour», « le Tour toujours») montre bien à quel point la Grande Boucle est devenue une institution. Que le dopage, parfois tu pour ne pas porter préjudice à son image et ruiner ses intérêts, a toujours escorté au cours de son histoire.
Malgré ce soupçon quasi permanent, les demandes des villes, le soutien des partenaires et la ferveur du public restent toujours aussi vifs. Comme si rien ne pouvait abattre un centenaire (104 ans) encore debout à défaut d’être bien portant. Le Tour de France, et le cyclisme dans son ensemble, ont encore la chance de drainer des sommes importantes derrière eux, en faisant toujours un sport majeur sur le plan économique, malgré le dégoût que ces affaires à répétition pourraient susciter auprès des sponsors d’équipes, du public ou des jeunes préférant se tourner vers d’autres disciplines. Qu’il ne la gâche pas. Mais attention, la tronçonneuse a sérieusement commencé à l’écailler.








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