Basket, Interview, J-P Siutat

«Des conditions inacceptables»

Par Thibault Perrin, 14-12-2011
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Jean-Pierre Siutat trouve que les conditions imposées par la FIBA Europe sont démesurées. - Panoramic

Le président de la Fédération Française de basket-ball, Jean-Pierre Siutat, a expliqué les raisons qui ont poussé la France, l’Allemagne, l’Italie et la Croatie à retirer leur candidature commune à l’organisation du Championnat d’Europe 2015. 

Qu’est-ce qui a motivé la décision de retirer la candidature commune ?
  Jean-Pierre Siutat : Plusieurs éléments sont entrés en ligne de compte. La FIBA Europe demandait une cotisation de 4 millions d’euros pour l’organisation. A laquelle il fallait ajouter 4 autre millions de sponsoring sur quatre ans provenant d’un partenaire financier. Nous étions prêts à payer si nous conservions les droits marketing pour négocier avec des partenaires privés. Ce qui nous a été refusé. Autre point divergent, les modalités de paiements. Nous étions disposés à payer en trois temps à partir de 2013 et ce jusqu’en 2015. Mais la FIBA n’a pas tenu compte de notre proposition. Nous sommant de payer deux millions d’euros par an pendant quatre ans. Dernier point qui ne nous satisfaisait pas : la possibilité pour la fédération européenne de modifier à sa convenance le cahier des charges. L’organisateur était au final seulement là pour payer sans dire un mot. Ce sont des choses qui nous paraissent inacceptables et on a préféré stopper. On aurait pu signer, mais on n’aurait pas été capable d’honorer nos engagements. Et on ne pouvait pas cautionner cette façon de faire.

Espérez-vous faire réagir la fédération internationale ou avez-vous complètement abandonné l’idée d’organiser ce Championnat ?
 Jean-Pierre Siutat : Nous étions très ambitieux vis-à-vis de ce projet, mais maintenant ce n’est plus notre problème. On a rendu notre copie. On ne reviendra pas en arrière. Si dans un deuxième temps la FIBA Europe décide de différer la réponse pour revoir notre dossier, on avisera. Mais pour le moment, on laisse tomber. Nous ne savons pas si le central board va entériner le choix de l’Ukraine ce week-end ou s’il va se poser de vraies questions politiques sur l’avenir de ces grandes compétitions. Est-ce qu’il va y avoir un débat ? Je le pense. Mais je ne sais pas s’il va y avoir des changements d’ici à la décision finale.
 
 Avez-vous été surpris par l’attitude de la FIBA Europe ?
 Jean-Pierre Siutat : Nous sommes stupéfaits de voir que les intérêts à court terme de la FIBA Europe l’emportent sur ce qui apparaissait comme une construction symbolique de l’Europe par le sport. Même si on comprend qu’elle cherche à se développer. Nous sommes aussi persuadés qu’elle a poussé des pays à monter des candidatures «alibis» en voyant qu’il n’y avait qu’un seul dossier, en l’occurrence, le nôtre. Peut-être était-ce un moyen de nous mettre la pression pour qu’on accepte n’importe quoi. L’Ukraine a, selon nous, déposé un dossier d’une quinzaine de pages (150 pour le dossier français) fin septembre, alors que le cahier des charges imposait une date limite au mois d’août.  Date que nous sommes d’ailleurs les seuls à avoir respectée. Après ça, on a commencé à se poser des questions sur la transparence et la volonté de la FIBA Europe de vouloir travailler sur ce projet. On s’est demandé si elle ne cherchait pas à avantager un dossier plutôt qu’un autre.
 
 Avez-vous envisagé de démissionner du board de la FIBA Europe dont vous faites partie ?
 Jean-Pierre Siutat : Non, et puis à un moment donné, si quelqu’un doit démissionner ce n’est pas à moi ou à Ingo Weiss (président de la fédération de basket-ball allemande) de le faire. La politique de la chaise vide, ça ne sert à rien. On profitera, au contraire, de cette situation pour imprimer des orientations et poser les vraies questions. Nous sommes en pleine crise économique, on ne peut pas faire n’importe quoi. Aux fédérations de s’en rendre compte pour arrêter d’imposer des choses horriblement chères. Une organisation à quatre pays est le symbole de cette réalité.   

Propos recueillis par Thibault Perrin

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